À quel âge bébé commence-t-il à parler ? Premiers mots et signaux

« Maman », « papa », « doudou »… Les premiers mots de bébé restent souvent gravés en mémoire, au même titre que les premiers pas. Pourtant, entre ce que racontent les copines, les comparaisons

Cindy Morel

Written by: Cindy Morel

Published on: juillet 8, 2026


« Maman », « papa », « doudou »… Les premiers mots de bébé restent souvent gravés en mémoire, au même titre que les premiers pas. Pourtant, entre ce que racontent les copines, les comparaisons sur le banc de la crèche et les conseils parfois contradictoires, il devient facile de douter.

À quel âge un bébé est-il censé commencer à parler vraiment ? Et comment reconnaître les signaux rassurants d’un développement du langage qui suit son cours, même si tout semble encore très flou côté expression verbale ?

Les recherches récentes en linguistique infantile rappellent un point essentiel : le langage ne commence pas avec le premier « vrai » mot, mais dès les premiers regards, soupirs et gazouillis. Un bébé de 4 mois qui éclate de rire quand on exagère une intonation est déjà en plein travail d’acquisition du langage, même si cela ne se voit pas dans les carnets de santé.

L’enjeu, pour les parents, consiste à repérer ce qui se joue à chaque étape, à nourrir la communication au quotidien et à savoir quand demander un avis extérieur sans se faire peur pour rien.

En bref

  • Les premiers mots apparaissent en général entre 12 et 16 mois, avec une fourchette large de 8 à 18 mois selon les enfants.
  • La compréhension précède l’expression : un bébé de 12 mois comprend déjà entre 20 et 50 mots, même s’il n’en prononce que quelques-uns.
  • Les gazouillis (vers 2-4 mois), le babillage (6-10 mois) puis le pointage du doigt (vers 12 mois) sont des signaux clés de bon développement du langage.
  • Les écrans avant 2 ans freinent la parole alors que les échanges, les histoires lues et les comptines la boostent.
  • Consulte un professionnel si ton bébé ne babille pas à 12 mois, ne prononce aucun mot à 18 mois ou ne réagit pas à son prénom et aux bruits.

Sommaire

À quel âge bébé commence-t-il à parler : repères de 0 à 3 ans

Pour y voir clair, rien ne vaut une vue d’ensemble des grandes étapes de l’acquisition du langage, âge par âge.

À quel âge bébé commence-t-il à parler : repères de 0 à 3 ans — bébé apprenant à parler avec ses parents

Plutôt que de guetter un seuil magique, il aide de regarder la trajectoire globale, un peu comme on le fait pour la marche : certains enfants courent presque avant de vraiment trotter, d’autres observent longuement avant de se lancer.

Par exemple, Léa et Thomas ont deux enfants au profil très différent. Leur aînée a prononcé ses premiers mots vers 10 mois, alors qu’elle marchait à peine. Leur second a marché à 11 mois mais n’a sorti un vrai « papa » intentionnel que vers 16 mois. Les deux suivent pourtant un développement harmonieux. Cette différence illustre à quel point chaque enfant répartit à sa façon son énergie entre motricité, langage et socialisation.

Des pleurs aux gazouillis : naissance à 6 mois

Dès la naissance, bébé dispose d’un outil de communication très efficace : ses pleurs. Ils signalent la faim, l’inconfort, la fatigue. Ce n’est pas du langage au sens strict, mais déjà une forme d’expression dirigée vers l’adulte. Il reconnaît ta voix, celle qui l’a accompagné pendant des mois in utero, et se calme souvent plus vite quand il l’entend.

Vers 2 mois, arrivent les premiers gazouillis. Ces sons doux, parfois presque chantés, marquent le début de l’exploration de sa voix. Entre 2 et 4 mois, bébé teste différentes hauteurs de sons, répond parfois à tes sourires par des vocalises. Ce sont les tout premiers jalons de l’acquisition du langage, même si aucun mot n’est encore formé.

Le babillage et les premières intentions : 6 à 12 mois

Aux alentours de 6 mois, la plupart des bébés entrent dans une phase de babillage plus rythmé. Les syllabes se répètent, « ba-ba », « ma-ma », « da-da », parfois avec des intonations qui imitent déjà celles des adultes. À 8-9 mois, ce babillage devient varié, presque mélodique. Le cerveau trie intensément les sons de la langue ou des langues entendues quotidiennement.

À partir de 9-10 mois, la musique se charge de sens. Bébé commence à réagir à des mots familiers, à son prénom, à « non », à « dodo », même si lui ne peut pas encore les prononcer distinctement. Il peut aussi reconnaître son prénom parmi d’autres, sujet détaillé dans cet article sur la reconnaissance du prénom par âge. C’est souvent à ce moment-là que les parents notent une vraie intention de communiquer, par les regards, les gestes, les vocalises adressées.

De vrais premiers mots et un sens qui se précise : 10 à 18 mois

Entre 10 et 16 mois, la plupart des enfants lâchent un premier mot clair. Les études récentes situent la médiane autour de 12 mois, avec 25 % des bébés avant 10 mois et 25 % autour de 15-18 mois. Là encore, la variation reste normale sur cette plage. Un « maman » chuchoté en te cherchant du regard ou un « papa » crié en entendant la clé tourner dans la serrure compte comme un mot, car il associe un son à une personne précise.

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Entre 12 et 18 mois, le vocabulaire s’enrichit doucement. Une dizaine de mots, puis une vingtaine, voire une cinquantaine autour de 18 mois. À cet âge, les enfants comprennent déjà beaucoup plus qu’ils ne disent : entre 20 et 50 mots vers 12 mois, souvent plus à 18 mois. Un « gâteau » prononcé en pointant le placard vaut clairement pour « je veux un gâteau ». La communication reste globale : expression verbale rudimentaire, gestes, mimiques, regards.

Explosion lexicale et petites phrases : 18 mois à 3 ans

Après 18 mois, beaucoup de parents observent ce qu’on appelle l’« explosion lexicale ». Du jour au lendemain, bébé semble ajouter de nouveaux mots à son vocabulaire chaque semaine. Vers 2 ans, il associe deux mots : « encore eau », « maman parti », « papa voiture ». Ses phrases sont courtes mais structurées, et sa parole devient l’outil principal de communication.

Entre 2 et 3 ans, la grammaire s’installe peu à peu. Les phrases s’allongent, les pronoms personnels apparaissent, même si le fameux « moi » prend souvent toute la place. L’entourage comprend en général assez bien ce qu’il raconte, même si quelques sons restent déformés. Vers 3 ans, la plupart des enfants peuvent expliquer un petit événement (« tombé au parc », « vu chien noir ») avec des mots.

Âge approximatifÉtape du langageExemples d’expression / signaux
0-2 moisPleurs et premiers sonsPleurs différenciés, apaisement à la voix
2-6 moisGazouillis et vocalises« aaa », « eee », sourires vocaux
6-10 moisBabillage simple puis varié« ba-ba », « ma-ma », imitation d’intonations
10-16 moisPremiers mots intentionnels« maman », « papa », « eau », « dodo »
18-24 moisExplosion lexicale50 mots ou plus, « encore lait », « non dodo »
24-36 moisPhrases structurées« je veux gâteau », « papa lit histoire »

En gardant ce tableau en tête, il devient plus facile de replacer ton enfant sur son propre chemin, sans le comparer aux bébés du voisinage. Le vrai repère, c’est la progression.

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Signaux rassurants et petits drapeaux à surveiller dans le développement du langage

Savoir à quel âgeun bébé commence à parler donne un cadre, mais ce sont les signaux du quotidien qui rassurent le plus. Beaucoup de familles découvrent que leur enfant progresse très bien une fois qu’elles apprennent à repérer ces micro-étapes qui passent souvent sous le radar. L’idée n’est pas de traquer chaque geste, mais de comprendre ce qui témoigne d’une bonne communication en cours d’installation.

Une scène assez classique : Anaïs, 13 mois, ne dit que « papa » de façon répétée. Sa mère commence à s’inquiéter. En observant la journée, on voit pourtant un tableau très vivant : Anaïs pointe le chat, fait « oh » en montrant la fenêtre, comprend « va chercher ton doudou », se tourne vers la porte quand on lui dit « papa arrive ». Sur le papier, elle « parle peu ». Dans la réalité, elle communique beaucoup.

Les signaux rassurants avant les premiers mots

Plusieurs éléments indiquent que le langage se construit, même sans mot net. On peut citer quelques repères clés :

  • bébé réagit au son de ta voix, sursaute ou tourne la tête quand un bruit fort survient ;
  • vers 6-8 mois, il babille avec plaisir et varie ses sons ;
  • autour de 9-12 mois, il pointe du doigt, tend les bras, fait « au revoir » ou « bravo » ;
  • il comprend des petites consignes accompagnées d’un geste, comme « donne-moi la balle ».

Ces comportements montrent que la communication est en marche. Le corps, les gestes et le regard servent alors d’appui à une expression encore limitée. Quand ces briques sont là, la parole arrive presque toujours en suivant.

Différencier rythme personnel et retard de langage

Là où les choses se compliquent, c’est pour faire la part entre simple lenteur et vrai décalage. De nombreux pédiatres s’appuient sur quelques balises : absence totale de babillage vers 12 mois, aucun mot compréhensible à 18 mois, pas d’association de deux mots vers 2 ans, incompréhension manifeste des consignes simples. Ces repères ne condamnent pas, mais incitent à vérifier l’audition et à proposer éventuellement un bilan orthophonique.

Une prise de position importante se dégage chez beaucoup de professionnels : mieux vaut consulter trop tôt que trop tard. Un avis médical n’« étiquette » pas un enfant, il permet d’écarter un problème d’oreille, d’identifier un frein de langue important ou de repérer une fragilité qu’un accompagnement précoce peut alléger. Attendre que « ça passe » pendant des années par peur de déranger, en revanche, complique la suite.

Quand l’audition, l’environnement et le tempérament s’entremêlent

Un bébé qui n’entend pas bien ne peut pas reproduire les sons avec précision. C’est pour cela que le test auditif à la maternité reste systématique. Plus tard, des otites répétées, un bouchon de cérumen ou une surdité partielle peuvent perturber l’acquisition du langage. Des parents racontent souvent qu’après la pose de diabolos, leur enfant s’est mis à parler de façon spectaculaire : le cerveau disposait enfin d’un signal sonore clair.

L’environnement joue au même titre. Un enfant plongé dans un bruit de fond continu (télé allumée, musique forte) doit faire plus d’efforts pour isoler la voix de l’adulte. À l’inverse, un temps calme de jeu au sol, un imagier, quelques jouets adaptés à son âge, comme ceux présentés dans ce guide sur les jouets pour bébé de 9 mois, suffisent à soutenir sa curiosité. Quant au tempérament, certains profils bavardent sans arrêt, d’autres « stockent » longtemps avant de se lancer. Les deux coexistent au sein d’une même fratrie.

Repères utiles pour savoir quand consulter

Pour t’aider à poser des jalons concrets, voici quelques situations qui méritent d’en parler avec un pédiatre ou un médecin généraliste :

À 6 mois, bébé ne réagit pas aux bruits du quotidien, ne tourne jamais la tête vers une source sonore, ne manifeste aucun sursaut en cas de claquement de porte. À 12 mois, il ne babille pas, ne produit aucun enchaînement de sons, reste très silencieux en dehors des pleurs. À 18 mois, il n’essaie pas de prononcer de mots, ne pointe pas du doigt ce qu’il veut, ne semble pas comprendre « viens », « donne ».

Vers 2 ans, l’absence totale de combinaison de deux mots et une incompréhension des consignes simples invitent aussi à demander un avis. Ces informations restent générales et ne remplacent pas un avis médical. Si quelque chose te questionne dans la façon dont ton enfant communique, même si cela ne rentre pas pile dans ces cases, tu peux en parler lors de la prochaine consultation. Le regard extérieur apaise souvent bien des inquiétudes.

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Facteurs qui influencent l’âge des premiers mots : environnement, écrans, bilinguisme, fratrie

Une fois les grandes étapes posées, une question revient souvent : pourquoi certains bébés semblent-ils parler très tôt alors que d’autres laissent planer le suspense pendant des mois ? Là encore, la réponse tient plus dans un faisceau de facteurs que dans une cause unique. Penser en termes de terrain plutôt que de diagnostic aide à relâcher un peu la pression.

Les études montrent qu’un même enfant peut évoluer de façon différente selon les périodes : forte avance motrice à un moment, puis accélération du langage, puis phase plus calme. L’acquisition ne suit pas une ligne droite mais des vagues successives. C’est pour cela que certains petits, silencieux à 18 mois, se mettent à aligner des phrases à 2 ans et demi.

Un environnement riche en échanges… pas en stimulations

Un bébé n’a pas besoin de cartes de vocabulaire ou d’atelier spécifique pour apprendre à parler. Ce qui nourrit le plus son développement, ce sont les échanges réguliers, posés, incarnés. Parler pendant le bain, commenter le trajet en poussette, nommer ce qu’il pointe en disant « oui, le chien ! il court », raconter à voix haute ce qu’on cuisine.

Une nuance mérite d’être soulignée : la qualité compte plus que la quantité. Un parent disponible quinze minutes, qui s’allonge sur le tapis pour regarder un livre avec son bébé, offre souvent plus au langage que quelqu’un qui parle en continu sans vraiment se connecter. Dans certaines familles, des moments rituels comme l’histoire du soir ou une chanson avant la sieste deviennent de vrais piliers de la communication verbale.

Écrans et langage : pourquoi la prudence reste de mise

Les recommandations récentes convergent : avant 2 ans, mieux vaut éviter les écrans, hors appels vidéo avec un proche. Les bébés apprennent par l’interaction directe, pas en regardant des contenus, même dits « éducatifs ». Un dessin animé ne répond pas aux babillages, n’ajuste pas son rythme à l’enfant, ne reformule pas ses tentatives d’expression.

Une exposition précoce et prolongée est associée à un vocabulaire plus pauvre et à des difficultés d’attention. Ce n’est pas une fatalité pour chaque enfant, mais une tendance observée sur de larges cohortes. Si les écrans font déjà partie du quotidien, réduire progressivement le temps passé devant, éteindre la télé de fond et remplacer ce temps par un jeu simple ou une histoire peuvent déjà changer beaucoup de choses pour le langage de bébé.

Bilinguisme, fratrie et mythes tenaces

Contrairement à une idée encore répandue, grandir avec deux langues ne « perturbe » pas l’acquisition du langage. Un bébé bilingue peut mettre un peu plus de temps à poser ses premiers mots, mais il construit en réalité deux systèmes en parallèle. Il peut mélanger les langues au début, choisir celle qui lui demande le moins d’effort phonétique selon la personne à qui il s’adresse, et c’est normal.

Côté fratrie, on entend souvent que les cadets parlent plus tard parce que les aînés parlent pour eux. Ce scénario existe parfois, surtout quand tout le monde anticipe le moindre besoin du petit dernier. Mais les cadets profitent aussi d’un bain de langage plus dense, avec des chansons, des histoires et des interactions portées par les grands. Là encore, chaque famille compose sa propre alchimie.

Culture familiale, tempérament et attentes des adultes

Un dernier facteur, moins concret mais tout aussi puissant, se niche dans la culture familiale. Dans certains foyers, on verbalise beaucoup les émotions, on raconte sa journée, on pose des questions ouvertes à l’enfant, même bébé. Dans d’autres, l’accent se met davantage sur la motricité, l’exploration physique, le jeu libre. Aucun modèle n’est meilleur en soi, mais les attentes vont différer : dans le premier cas, un enfant silencieux inquiète plus vite.

Les adultes jouent aussi un rôle dans la façon dont ils laissent ou non leur bébé « prendre la parole ». Un adulte qui coupe systématiquement la phrase, répond pour lui ou rit de sa prononciation hésitera parfois l’enfant à se lancer. Inversement, un entourage qui valorise chaque tentative, même tordue, installe plus volontiers une atmosphère de plaisir autour de la parole.

Comment favoriser les premiers mots de bébé au quotidien, sans pression

La bonne nouvelle, c’est que soutenir le développement du langage ne demande ni temps infini ni matériel sophistiqué. Quelques réflexes simples, intégrés à ta routine, suffisent à créer un terrain fertile. L’idée centrale : considérer ton bébé comme un partenaire de communication, même avant qu’il sache parler, et lui donner de la place pour répondre à sa façon.

On peut s’inspirer ici de la pédagogie des crèches les plus apaisantes : des temps dédiés à l’échange, des livres toujours à portée de main, des chansons répétées, et surtout une attention fine aux signaux de chaque enfant. Appliqué à la maison, cela donne un quotidien pas plus chargé, juste un peu plus intentionnel.

Des gestes simples qui nourrissent le langage

Plusieurs habitudes ont un impact direct sur l’acquisition du langage :

  • Parler « avec » et non « sur » bébé : laisser des silences après une question, attendre sa réaction, même un simple regard ou un son.
  • Narrer le quotidien : « on met ta chaussette », « tu entends la pluie », « je coupe la pomme ».
  • Mettre des mots sur ses émotions : « tu es fâché », « tu as peur », « tu es content ».
  • Reformuler plutôt que corriger : « oui, un gaga, un gâteau ! » au lieu de « non, on dit gâteau ».

Ces gestes transforment les moments banals en mini séances de langage ciblées. Le change, la préparation des repas, le trajet vers la crèche deviennent autant d’occasions d’enrichir le vocabulaire passif, cette réserve de mots compris avant d’être dits.

La puissance des histoires, des comptines et du jeu

Lire une histoire à un bébé de 6 ou 9 mois peut sembler prématuré, pourtant son cerveau adore la répétition des sons, des rimes, des images. Les imagiers cartonnés, les livres avec photos d’animaux, les petits scénarios du quotidien (le bain, le repas, le coucher) offrent un support concret pour que les mots « collent » à quelque chose de visible.

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Les comptines, elles, combinent mélodie, rythme, gestes et mots. Des chansons comme « Bateau sur l’eau » ou « Les petits poissons » aident l’enfant à segmenter les sons, à repérer des séquences qui reviennent. Tu peux aussi t’inspirer d’idées piochées dans des ressources de jeux musicaux pour la maternelle, en les adaptant à ton bébé : taper des mains, bouger les pieds, imiter des animaux.

Aménager l’espace et le temps pour la communication

L’environnement matériel influence également la facilité avec laquelle un bébé se met à parler. Une pièce où les jouets sont accessibles, rangés à hauteur de main, incite plus à demander un objet précis plutôt qu’à pleurnicher vaguement. Un coin lecture avec quelques livres toujours disponibles donne envie de s’installer et de commenter les images.

Le temps, lui, reste la denrée la plus rare dans les familles. C’est pour cela qu’il peut être utile de sanctuariser de petites fenêtres, même courtes : cinq minutes de jeu au sol en rentrant le soir, une chanson fixe pour marquer le moment du brossage de dents, une histoire répétée tous les dimanches matin. Ce sont ces rituels réguliers qui, à la longue, épaississent le tissu du langage partagé.

Accepter que tout n’ait pas besoin d’être parfait

Tu n’as pas besoin de commenter chaque geste, ni de bannir à vie toute distraction pour que ton enfant développe une belle expression verbale. Les jours de fatigue, un câlin silencieux devant la fenêtre compte aussi. Ce qui fait la différence, c’est la tendance générale : globalement plus d’échanges directs, de regards croisés, de réponses à ses babillages que de temps passé à « subir » un bruit de fond.

Ce regard plus doux sur toi-même déteint sur ton enfant. Un parent qui se sent moins jugé laisse plus facilement la parole circuler, accepte plus sereinement les prononciations approximatives, encourage les essais. C’est ce climat-là qui, au fil des mois, permet aux premiers mots de se déposer presque naturellement.

Âge, premiers mots et signaux d’alerte : comment décider de consulter

Reste une question sensible : à partir de quand un parent doit-il passer du « on attend, ça va venir » à « on en parle à un professionnel » ? Cette frontière bouge d’un médecin à l’autre et d’une famille à l’autre, mais quelques repères partagés peuvent aider à prendre une décision sans dramatiser ni minimiser.

Les fiches de suivi de nourrisson, bébé, enfant comme celles qu’on retrouve sur des ressources de type repères par âge donnent une base. Mais rien ne remplace l’observation fine de ton enfant, dans son contexte, avec son histoire (naissance, prématurité éventuelle, antécédents familiaux).

Repères pratiques par tranches d’âge

On peut résumer ainsi quelques jalons qui, s’ils sont absents, justifient un échange avec un professionnel de santé :

Avant 6 mois, bébé ne réagit jamais aux bruits, ne localise pas la source sonore, ne se calme pas davantage à ta voix qu’à un autre bruit. Entre 6 et 12 mois, il ne produit presque aucun son, ne rit pas, ne vocalise pas pendant le jeu, ne te regarde pas ou très peu pendant les interactions. Vers 12-18 mois, il n’essaie aucun mot, ne montre pas ce qu’il veut, ne pointe pas, ne semble pas comprendre « viens », « donne », « où est papa ? ».

Entre 2 et 3 ans, l’absence totale de petites phrases, une incompréhension des consignes simples et un isolement dans le jeu (aucune tentative de partager quelque chose avec l’adulte, même sans mot) méritent aussi une évaluation. Ces informations sont générales et ne remplacent pas un avis médical.

Différents professionnels, rôles complémentaires

Le premier interlocuteur reste souvent le pédiatre ou le médecin généraliste. Il ou elle va vérifier l’audition, regarder les autres aspects du développement (motricité, interaction sociale), poser des questions sur l’environnement linguistique à la maison. En fonction de ce premier examen, une orientation vers un orthophoniste, un ORL ou un autre spécialiste peut être proposée.

L’orthophoniste n’intervient pas uniquement pour « apprendre à mieux prononcer ». Chez le jeune enfant, il travaille aussi sur la compréhension, la mise en place de gestes de communication, la réduction d’un éventuel blocage lié à une mauvaise expérience. L’objectif n’est pas d’obtenir un enfant « performant », mais de lui permettre d’utiliser ses ressources de façon plus fluide.

Le rôle des parents dans le repérage et l’accompagnement

Les parents restent ceux qui connaissent le mieux les micro-variations de leur enfant. Un changement soudain de comportement, une perte de mots acquis, un retrait brutal après une période de grande curiosité doivent être pris au sérieux, même si l’entourage minimise. Inversement, si les professionnels se veulent prudents et proposent un suivi léger, il reste possible d’en parler, de poser des questions, de demander des explications concrètes.

Une chose mérite d’être redite clairement : demander de l’aide n’est pas un aveu d’échec. Les repères de langage ont surtout pour vocation d’ouvrir des portes, pas d’enfermer des enfants dans des cases. Un suivi adapté peut transformer des années de doute en quelques mois de soutien ciblé, puis la vie reprend son cours avec un enfant qui communique à sa manière.

Mon bébé de 15 mois ne dit toujours aucun mot, dois-je m’inquiéter ?

À 15 mois, certains enfants ont déjà plusieurs premiers mots, d’autres non. Le point clé, c’est ce qui se passe autour : ton bébé babille-t-il, pointe-t-il du doigt, comprend-il des consignes simples comme « donne-moi la balle » ou « viens » ? S’il communique par les gestes, réagit à son prénom et semble comprendre ce qu’on lui dit, on reste souvent dans une variabilité normale entre 10 et 18 mois. En revanche, si tu cumules absence de mots, très peu de babillage et manque de réaction aux bruits ou au prénom, cela vaut la peine d’en parler à ton médecin pour vérifier l’audition et, si besoin, demander un avis orthophonique.

Les filles parlent-elles vraiment plus tôt que les garçons ?

Les études trouvent en moyenne une légère avance des filles sur certains repères de langage, de l’ordre de quelques semaines. Dans la vraie vie, cette différence reste trop faible pour être un critère individuel. Beaucoup de petits garçons parlent tôt, beaucoup de petites filles plus tard, et l’inverse. Le tempérament, l’environnement, l’exposition au langage et l’éventuel bilinguisme pèsent plus lourd que le sexe de l’enfant.

Mon enfant comprend tout mais parle très peu, est-ce grave ?

Un décalage entre compréhension et expression est courant : certains enfants accumulent longtemps du vocabulaire passif avant de se lancer en expression verbale. Si ton enfant suit les consignes simples, réagit à son prénom, montre ce qu’il veut, imite, joue à faire semblant et communique avec des gestes, c’est plutôt rassurant. Tu peux soutenir sa parole en reformulant beaucoup ce qu’il essaie de dire, en laissant des silences après tes questions et en multipliant les moments d’échange (livres, comptines, jeux symboliques). Si à 2 ans il ne combine aucun mot et que tu as un doute, un avis médical permettra de faire le point sereinement.

Le bilinguisme peut-il retarder la parole de mon bébé ?

Un bébé exposé à deux langues dès la naissance peut parfois poser ses premiers mots un peu plus tard, mais il construit en parallèle deux répertoires lexicaux. La somme de ses mots dans les deux langues est en général équivalente à celle d’un enfant monolingue. Mélanger les langues au début est normal. Si les autres aspects du développement (contact visuel, babillage, compréhension, jeu) se déroulent bien, le bilinguisme n’est pas un facteur d’alerte, mais une richesse pour la suite.

Comment savoir si un mot « mal prononcé » compte vraiment comme un premier mot ?

Pour qu’un son compte comme un mot, l’essentiel n’est pas la prononciation parfaite mais l’intention. Si ton enfant dit « nana » chaque fois qu’il voit une banane ou « wawa » en montrant le chien, et qu’il utilise ce son de façon stable pour cet objet précis, tu peux le considérer comme un vrai mot dans son vocabulaire. La prononciation va s’affiner avec le temps, surtout si tu reformules tranquillement : « oui, une banane ». Ce type de mot inventé fait partie du chemin normal d’acquisition du langage.

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